Le récit de mon accouchement à mon fils 

Mon bébé

Tu as aujourd’hui 19 mois et je voudrais te raconter le jour de ta naissance. Cette journée on l’a imaginé des mois durant à se demander si je perdrais les eaux à la maison, si j’aurai des contractions très douloureuses ou pas, si je saurais reconnaître le début de travail. Nous avons imaginé nos heures de peau à peau qui suivraient le moment de ta venue au monde, nous avons imaginé la réaction de tes grands parents quand nous leur annoncerons que enfin tu es là. Nous avons parié et pronostiqué sur ton poids, ta taille, si tu serais une fille ou un garçon. J’étais persuadée que tu serais un garçon, depuis tes 1ers mouvements au creux de moi, mais malgré tout nous n’en savions rien. Est-ce que tu t’appelleras Mila ou Liam ? Tu étais prévu le 26 Août mais j’étais persuadée que tu naîtrais le 09, jour de la Saint Amour, une trop jolie date pour passer à côté.

Tout commence le 8 Août. Cela fait des jours que je sens quelque chose de bizarre. Je sens que tu vas arriver, que je ne vais pas attendre encore 3 semaines pour te rencontrer. J’ai hâte, j’ai peur, je m’impatiente, je t’attends. J’ai l’impression que je perds du liquide amniotique depuis plusieurs jours mais les sages femmes me disent de rester à la maison et que c’est probablement rien. Nous avons vu le gynécologue une dernière fois 5 jours avant qui nous annonce de nouveau un gros bébé, qui nous dit que tout se met doucement en place et que tu arriveras probablement avant le 26.

Ce 8 Août nous nous réveillons, Papa et moi, après une nuit difficile pour moi. Je ne dors vraiment pas bien du tout depuis quelques jours, je suis très fatiguée. Papa me dit que cette après midi il m’emmène à la maternité pour vérifier que tout va bien. Je me prépare doucement puis à 16h nous partons à la maternité persuadés que les sages femmes vont nous dire de rentrer à la maison, que tout va bien mais que ce n’est pas l’heure. Les sages femmes m’auscultent et là le verdict tombe « madame, vous ne sortirez pas d’ici sans votre bébé, c’est pour aujourd’hui ou demain ». Demain, ce fameux 9 Août… Je ne comprends pas tout de suite, j’ai peur, je pleure, Papa ne pleure pas mais je vois bien qu’il a les yeux qui brillent. Tu arrives. Notre bébé tant attendu arrive, on va bientôt pouvoir te serrer dans nos bras.

On m’installe dans une salle d’accouchement, on me branche de partout, je peux de nouveau entendre ton cœur qui bat en moi pour ses derniers instants. Que j’aime cette douce mélodie … Papa va chercher nos affaires à la maison, les miennes et surtout les tiennes, ton petit pyjama qu’on a mis des mois à choisir, tes petits chaussons et ton bonnet tricotés main.

Commence de longues heures d’attentes remplies d’impatience, de peur, de doutes mais surtout de beaucoup d’amour. Vais-je réussir à te donner la vie ? Est-ce que cela va être aussi douloureux  que toutes les mamans veulent bien le dire ? Vais-je t’aimer aussi fort que je le voudrais ? Mais nous sommes sereins, les heures défilent, aucune douleur à l’horizon. Je n’ai pas de contractions, la sage femme commencent à s’impatienter, le travail ne veut pas commencer ? Elle m’ausculte et le travail a bel et bien commencé, on a déjà fait la moitié du chemin, le tout sans douleur. Le bonheur… on me pose la péridural, sans douleur encore, je suis un peu perdue avec l’anesthésie mais je reprends vite mes esprits. Papa reste avec moi, à côté de moi, on continue de t’imaginer, on rigole pour se détendre, on essaye de dormir mais impossible, l’impatience est beaucoup trop forte ! Les heures défilent finalement très vite, il fait maintenant nuit. Tu nous fais quelques frayeurs, ton petit cœur ne supporte plus très bien les contractions très fortes, tu fatigues… Aux alentours de 4h30 du matin, la sage femme m’ausculte, ça y est tu es là, ta tête est là, je vais commencer à pousser et tu seras enfin avec nous. Ton papa insiste très fort auprès des sages femmes, il veut absolument couper le cordon, ce lien qui te relie à moi.

Nous sommes stressés, j’ai peur, cela me paraît irréel, je vais enfin te donner la vie mon bébé qui grandit en moi depuis un peu plus de 8mois. Un regard à ton Papa qui est aussi excité que moi et qui aurait rêvé de le faire à ma place et c’est parti.

Je pousse une fois, c’est bien mais pas suffisant, tu ne bouges pas. Je pousse une 2ème fois, rien ne bouge non plus. Le docteur me dit que tu es bien gros et que tu as une grosse tête, il va t’aider à sortir avec une ventouse. Je pousse une 3ème fois, rien ne bouge encore … Jusqu’à présent nous n’étions que 4 dans cette pièces, papa, moi, une sage femme et le docteur. Une 2ème sage femme rentre pour nous aider. Et là tout s’accélère. Je ne comprends plus ce qui se passe, personne ne me dit quoi faire, c’est la panique. On pousse Papa dans un coin, une sage femme appuie sur mon ventre  et le docteur tire sur ta tête pour te faire sortir. Moi je pousse aussi fort que je le peux mais je n’y arrive pas, tes épaules sont coincées dans mon bassin, tu ne peux pas sortir tout seul. J’ai très peur, je souffre le martyr, on essaye de t’arracher à moi mais rien n’y fait. Au bout de 20 minutes, tu réussi enfin à sortir et tout va très vite, trop vite. Il est 5h10, le docteur te pose sur moi 1 seconde, je n’ai même pas le temps de voir ton visage que déjà une sage femme t’arrache à moi pour t’emmener voir la pédiatre qui t’attend dans la pièce d’à côté.

On ne comprend pas ce qui se passe, on ne t’entend pas pleurer, j’ai peur, Papa a peur. Je commence à imaginer le pire pendant ces minutes qui me paraissent des heures où je suis suspendue au silence de la maternité à attendre ce cri, ce 1er cri, qui me dira que tu es bel et bien vivant. Mais rien ne vient. Je pleure, je panique, on me demande si j’ai pris de la drogue pendant ma grossesse, on me dit de ne pas m’inquiéter mais que tout n’est pas normal. Papa est resté auprès de moi, personne ne lui dit quoi faire. Je lui dis d’aller te voir, que tu as besoin de lui. Le docteur s’occupe de moi pendant ce temps, une sage femme vient me voir, me demande comment tu t’appelles mais ne me dit rien de ton état. Je ne sais même pas si tu es un garçon ou une fille. Elle non plus d’ailleurs. Dans la précipitation personne ne savait ce qui se cachait dans ta couche. Je suis incapable de lui répondre. J’ai l’impression de flotter au dessus de mon corps, la situation est irréelle et digne des pires scénarios que je n’ai jamais imaginés.

Papa revient, il sourit mais je ne vois pas que ce sourire n’est qu’une façade pour ne pas m’inquiéter. Il t’a pris en photo pour que je puisse te voir. Cette photo … cette image restera gravée dans ma mémoire jusqu’à mon dernier souffle. Mais que tu es beau. Je suis littéralement tombée amoureuse de toi à la seconde où j’ai vu ton visage sur cet écran de téléphone. Je n’arrêtais pas de répéter en boucle « mais vous avez vu comme il est beau. Mais il est magnifique ». Papa ne dit rien, il fait semblant, il me dit que j’ai été exceptionnelle, très forte, que tu es très beau … Mais Papa sait ce qui se passe, il est fort et garde la tête bien droite, il me cache la vérité pour ne pas que je panique de nouveau.

Et puis le cauchemar continue. La pédiatre vient nous voir pour nous expliquer qu’elle a du te réanimer car tu ne respirais pas. Tu es resté coincé très longtemps dans mon bassin, ils ne savent pas combien de temps ton cerveau n’a pas été irrigué et ils suspectent des convulsions. Tu ne réagis à aucun stimuli.  La pédiatre nous explique plein de choses dans un jargon médical qu’on ne comprend pas, nous vivons un enfer, je veux te voir, je veux te toucher. J’ai peur, nous avons peur, qu’est ce que je t’ai fait. Je n’ai même pas été capable de te mettre au monde. La pédiatre nous parle de mettre ton cerveau en hypothermie pour le préserver de dommages éventuels, les pires pensées me viennent en tête. Tu vas être transféré dans un autre hôpital qui saura mieux te prendre en charge sauf que nous sommes au mois d’Aôut, il n’y a de la place nul part à Lyon. On nous parle de Dijon, Marseille … on va emmener mon tout petit bébé à Marseille, si loin de moi. La situation est encore plus irréelle.

A ce moment là je suis prête à tout pour être près de toi, pour te protéger comme une lionne protègerait ses petits. J’ai envie de mourir si ça pouvait t’aider à aller mieux.

Et là … la porte s’ouvre et une petite couveuse arrive. Tu es dedans, vêtu d’une couche et d’un bonnet. Et tu es là, la perfection incarnée. On place la couveuse à côté de mon lit et je t’admire, j’imprime chaque trait de ton visage dans mon cerveau. Tu as le visage que j’avais imaginé mais en mille fois plus beau. Jamais je n’aurai pu t’imaginer aussi beau. Une accalmie de douceur au milieu de cette scène d’horreur. J’ai l’impression que ce moment dur des heures alors qu’il n’a duré que quelques secondes.

Et tout s’accélère de nouveau. Une place vient de se libérer en réanimation à St Etienne, ils t’attendent. Tu vas partir en ambulance à St Etienne. Mon bébé de 4h de vie va partir en ambulance sans moi. Tu vas partir loin de moi après 9 mois passés en moi. Pour la 3ème fois dans ta courte vie j’ai l’impression qu’on t’arrache à moi, c’est horrible, je veux te toucher, respirer ton odeur mais je ne peux pas. Il est 10h du matin, tu pars. Je vois cette petite couveuse s’éloigner avec 2 brancardiers que j’ai envie de menacer, je leur demande de faire très attention à toi. J’ai tellement peur de te perdre. Je pleure tout ce que je peux, je n’ai rien d’autre à faire, je ne peux rien faire d’autre, je ne peux pas te protéger, j’ai failli à ma mission de Maman.

La seule bonne nouvelle c’est que je devrais te suivre de près, ils me cherchent une place dans le même hôpital pour que je puisse te rejoindre. De toute façon il est hors de question que je reste loin de toi, si il faut y aller en marchant j’irai, ta vie est devenue la mienne.

Avec Papa on te rejoins vers 14h, on me dépose dans ma chambre mais nous courons te rejoindre. Avant même que nous puissions te voir l’équipe de réanimation nous explique que tu ne vas pas « si mal » que ce que nous as annoncé la pédiatre, ton cerveau ne sera pas mis en hypothermie. C’est une bonne nouvelle au milieu de cette journée d’horreur. Ils ne savent pas les dommages que ton cerveau a pu subir, ils ne sont pas rassurants mais moins défaitistes. Nous avons peur, encore, mais nous avons surtout besoin de toi, besoin de te voir, de te sentir.

Et nous pouvons enfin de voir. Tu es là, dans un petit berceau chauffant, en couche, branché de partout. Tu es intubé, une grosse machine respire à ta place, tu as des électrodes sur la tête pour surveiller ton cerveau, des électrodes sur ton cœur, une voie centrale et des perfusions de partout, mais je ne vois que l’ange que tu es au milieu de tous ces fils. Tu es encore plus beau que quelques heures auparavant. Les infirmières t’ont enlevés ton bonnet et tu as pleins de cheveux, très longs et noirs. Comme moi quand je suis née. Tu es le portrait de ton Papa. Tu as son visage, tu as ses yeux en amande, son petit nez et sa morphologie. Tu es un grand et beau bébé, bien trapu, ce qui nous vaut d’ailleurs toutes ces péripéties.

Nous passons l’après midi à te regarder, à t’effleurer de nos mains timides. Nous nous regardons avec Papa et il n’y a plus que de la fierté dans nos yeux. Nous t’aimons plus de raison. Nous le savons, nous en sommes persuadés, nous connaissons désormais cet amour inconditionnel, si fort et indescriptible. Nous sommes prêts à mourir pour toi.

Nous avons peur encore. Peur de la suite, peur des résultats, peur de te perdre. Mais nous t’avons fait, nous t’avons donné la vie et maintenant nous en sommes sûrs : tu es un combattant, tu vas t’en sortir comme un chef.

Notes de l’auteur 😉 :

  • je n’ai pas eu une épisio mais un coup de hache bien loin de tous les standards de la médecine moderne
  • Liam est définitivement sorti d’affaire depuis qu’il a débuter l’apprentissage du langage
  • Notre aventure a duré 1 semaine avant un retour à la maison magique
Publicités

4 réflexions sur “Le récit de mon accouchement à mon fils 

  1. mais comme j’ai pleuré … quel joli récit pour cette histoire difficile qui heureusement se termine bien 🙂 une famille de guerriers !

    J'aime

  2. Je renifle, pas de doute tu m’as fait pleurer! Quelle épreuve franchement. Je n’en reviens pas de ce corps médical qui a complètement oublié d’être humain. Le principal c’est que Liam aille bien et que tu aies pu te remettre de ces horribles moments

    J'aime

    • On nous a dit par la suite que malgré ces problèmes de communication nous avions eu une chance inouïe de tomber sur cette pédiatre spécialisé en réanimation… Mais en effet un peu d’humanité m’aurait aidé à penser mes blessures plus rapidement! 😘

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s